Les directrices et directeurs des soins restent dans l’attente de la concrétisation des belles paroles qu’ils reçoivent depuis trop longtemps
Alors qu’aucun dossier n’est inscrit à l’ordre du jour de cette CAPN, le SYNCASS-CFDT souhaite remonter le fil des déclarations qu’il porte depuis plusieurs mois. En octobre 2025, nous alertions sur les conditions d’exercice des directeurs des soins, sur les difficultés rencontrées dans les procédures d’évaluation et sur leurs conséquences possibles sur les carrières. En mars, nous posions une question qui demeure malheureusement d’actualité : 2026 sera-t-elle l’année des engagements tenus… ou celle des renoncements ?
Une seule avancée a été obtenue. Le décret du 16 février 2026 permet désormais aux directeurs des soins détachés sur emploi fonctionnel de conserver, à titre personnel, leur indice lorsque celui-ci est plus favorable. Cette mesure répond à une revendication portée de longue date par le SYNCASS-CFDT.
Nous avons également obtenu la reconnaissance du principe d’une indemnité d’intérim pour les directeurs des soins ainsi que la revalorisation attendue des indemnités versées aux élèves directeurs des soins. Le SYNCASS-CFDT ne comprend pas que ces avancées, simples à écrire et à mettre en œuvre, ne soient toujours pas concrétisées malgré des arbitrages favorables et demande que ces textes soient présentés au prochain conseil supérieur de la fonction publique hospitalière.
Il ne reste plus à démontrer que le corps est en difficulté : les chiffres en attestent
Le bilan présenté lors du CCN du mois de mars faisait état de 601 directeurs des soins au 31 décembre 2025, soit une diminution de 20 % des effectifs en dix ans. Cette évolution n’est plus un simple indicateur démographique : elle constitue un signal d’alerte pour l’ensemble de notre système de santé. Lorsque les effectifs diminuent, les responsabilités, elles, ne diminuent pas. Bien au contraire.
Le métier des directeurs des soins s’est transformé et les responsabilités se sont accrues. Les organisations se sont complexifiées. Mais la reconnaissance statutaire et indemnitaire n’a pas suivi. C’est cette contradiction que le SYNCASS-CFDT continue de dénoncer. Et cette contradiction est d’autant moins acceptable que les évolutions récentes d’un autre corps de direction démontrent qu’une transformation des régimes statutaires et indemnitaires est possible.
Le SYNCASS-CFDT demande que soit enfin reconnue la réalité des responsabilités exercées car à responsabilités comparables, à engagement comparable, à contraintes comparables, la reconnaissance ne peut rester durablement inégale.
GHT : coopérer oui, faire disparaître des postes de directeurs des soins, non
La circulaire n° DGOS/GOUV/2026/105 du 29 juillet 2026 ne prévoit pas explicitement la suppression des postes de directeurs des soins, mais l’orientation qu’elle donne aux organisations territoriales, combinée à la recherche d’efficience, aux mutualisations de fonctions et au développement des directions communes, fait naître une inquiétude légitime : celle d’une réduction progressive du nombre de postes, notamment par le non-remplacement des départs, l’élargissement du recours à d’autres catégories professionnelles pour remplir les missions ou la concentration des responsabilités sur un nombre toujours plus restreint de professionnels. Nous ne voulons pas découvrir demain que la réponse à la pénurie de directeurs des soins aura été… de supprimer des postes de directeurs des soins. Les GHT doivent être un outil de coopération et de gradation des soins, pas un outil de réduction silencieuse des emplois de direction.
Le SYNCASS-CFDT sera donc particulièrement vigilant dans les prochains mois sur les plans d’actions qui seront élaborés dans chaque GHT, dont les premières concrétisations sont annoncées dès 2027, sur leurs conséquences concrètes pour les emplois et les parcours des directeurs des soins. Coopérer davantage ne doit pas signifier diriger à moindre effectif. Mutualiser ne doit pas signifier supprimer. Et territorialiser les responsabilités doit conduire à mieux reconnaître les directeurs des soins, pas à accroître la charge de chacun.
Le temps des actes
Le SYNCASS-CFDT attend des actes concrets pour les EDS et les DS :
- la revalorisation des indemnités versées aux élèves directeurs des soins durant leur scolarité, selon les modalités mises en œuvre pour les deux autres corps de direction. Ce retard est facteur de manque d’attractivité: les indemnités de formation sont cinq fois moins élevées et les indemnités forfaitaires deux fois moindres que celles versées aux EDH et ED3S ;
- l’attribution d’une indemnité d’intérim de direction, les directeurs des soins ayant été initialement « oubliés », alors qu’ils sont régulièrement chargés par les ARS de ce type de mission, notamment dans les établissements du champ des D3S ;
- la transposition du RIFSEEP aux directeurs des soins, dans des conditions qui reconnaissent réellement les fonctions et les responsabilités exercées ;
- la revalorisation indiciaire du corps et la reconnaissance de son positionnement dans la catégorie A+ ;
- la révision de la grille des emplois fonctionnels et l’ajustement de leur effectif global aux réalités actuelles des organisations ;
- la révision des conditions d’accès au GRAF et notamment la suppression de la clause restrictive d’une nomination sur le vivier 2 pour quatre sur le vivier 1 afin de permettre une véritable reconnaissance des parcours et des responsabilités ;
- l’évolution des modalités de recrutement et l’ouverture de nouvelles voies d’accès au corps, à l’instar de celles pour les deux autres corps de direction ;
- une politique ambitieuse de fidélisation et d’attractivité permettant de répondre à la diminution continue des effectifs.
Le SYNCASS-CFDT souhaite également que le CNG poursuive son action en matière d’accompagnement des carrières. Nous avons rappelé dans nos précédentes déclarations que l’évaluation ne doit jamais être une simple formalité administrative. Elle doit être un véritable temps de dialogue professionnel, de reconnaissance du travail accompli et de construction du parcours professionnel. Dans un contexte où les conditions d’exercice se tendent et où les signalements de difficultés professionnelles augmentent chez les DS, prendre soin des directeurs des soins n’est pas un sujet périphérique, c’est une condition de la qualité du management hospitalier et, au-delà, de la qualité du service public de santé. Le SYNCASS-CFDT restera donc particulièrement vigilant sur les conditions d’évaluation, les déroulements de carrière, les tableaux d’avancement et les situations individuelles qui pourraient conduire à pénaliser des professionnels déjà fortement exposés.
L’attractivité ne se décrète pas. Elle se construit par les conditions d’exercice, les perspectives de carrière et la reconnaissance statutaire. Le corps des directeurs des soins ne peut pas être la variable d’ajustement des transformations du système de santé. Il est au contraire un collectif stratégique pour accompagner ces transformations. Le SYNCASS-CFDT défendra le nombre de postes de directeurs des soins tout autant que leur place dans le modèle hospitalier de demain. C’est pourquoi le SYNCASS-CFDT demande aujourd’hui que les arbitrages maintes fois rendus se concrétisent et qu’un calendrier de reprise des discussions statutaires soit défini.
